Etre mère aujourd’hui est-il plus facile que pour nos grands mères?

Les mères d’aujourd’hui sont-elles moins compétentes et plus vite en difficulté que de la génération de nos grands-mères ?

Pourquoi parle-t-on de plus en plus de difficultés maternelles ? Serions-nous une génération de mères plus vite dépassée par nos bébés, moins résistantes à la fatigue ?

C’est un sujet de réflexion qui me tient à cœur, parce que je me suis beaucoup posée la question au cours des premiers mois de vie de mon enfant.

La question plus générale qui me vient en tête, est ce que la maternité est plus facile au XIème siècle qu’au XXème siècle ? C’est vrai que de premiers abords on serait tenté de répondre oui tout de suite. Ben quoi, de quoi vous vous plaignez? Vous avez la contraception, la péridurale, des sites internet et des milliers d’ouvrages sur le sujet pour vous guider et maintenant des pères qui changent aussi les couches !

Avant de débattre sur ce sujet assez épineux, il faut quand même voir un biais. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, on ne parlait pas des difficultés maternelles pendant le post partum. De saignement, de tranchée, de fatigue,  de vulnérabilité psychique, de cicatrisation des organes…  qui peuvent plonger une femme dans le désarroi si elle n’y est pas préparée. C’était tabou. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à évoquer les difficultés qu’elles traversent au cours des premiers mois. Mais si elles le font de plus en plus aisément sur des réseaux sociaux, en parler à leur conjoint ou à leur entourage reste difficile. Parce que dans l’imaginaire la « bonne mère », c’est encore la mère courage, celle qui ne se plaint pas. Et quand elles évoquent leurs difficultés, l’entourage a tendance à les minimiser « c’est un petit baby blues, ça va passer ». De ce fait, le silence reste encore la règle.

Il ne faut pas penser que nos grands-mères ne faisaient pas de dépression du post partum, qu’il n’existait pas de troubles de l’attachement entre les mères et les enfants. Cela a toujours existé. Sauf qu’à cette époque, ne pas réussir à s’occuper de son enfant pour ces femmes pour qui la maternité était le principal rôle, c’était considéré comme une abomination de la nature. Beaucoup d’enfants n’ont pas été investi par leur mère, ont souffert de carences affectives fortes, ont été abandonnés dans des orphelinats. Une des principales complications après l’accouchement pour les mères, a toujours été la dépression du post partum, dont la forme grave est le suicide, parce que oui il faut dire le mot. A l’époque, on ne disait pas que la mère s’était suicidée, c’était jeter l’opprobre sur toute la famille. On parlait de façon vague de complications après la naissance, et les femmes étaient facilement internées, l’enfant confié. Heureusement la médecine des femmes a progressé. Aujourd’hui on sait dépister la dépression du post partum et on peut accompagner la mère et l’enfant en difficulté. Alors pourquoi perdure cette omerta sur le post partum, avant que ne s’installe la dépression ?

Entre notre génération et celle de nos grands mère a eu lieu une véritable révolution sociétale. Les familles se sont émancipées des générations antérieures, la conception est devenue maitrisée par la contraception, la grossesse et l’accouchement ont été médicalisé, les femmes ne sont plus cantonnées à un rôle seulement domestique et se revendiquent l’égale de l’homme, on a acquis des connaissances sans précédent sur le développement  des bébés et il existe désormais pléthore d’informations accessibles à tous sur le sujet.

Etre maman aujourd’hui

De par la contraception, l’enfant devient désiré donc encore plus précieux, la maternité programmée et fortement idéalisée. Il existe une injonction forte à réussir sa parentalité d’autant plus que les progrès scientifiques ont mis en lumière l’importance des premiers mois pour le développement psychomoteur futur de l’enfant. Mais si nous sommes inondés d’informations sur le sujet, nous avons perdu le soutien du village maternant autour de nous. L’éclatement géographique des familles et l’individualisme de notre société ont mis fin à toute la communauté bienveillante de mères qui se soutenaient et s’entraidaient au quotidien. De ce fait le sentiment de solitude n’a jamais été aussi fort. La révolution féministe a intériorisé en nous un conflit entre égalité des sexes et maternité. Dans une société où la performance est mise en avant (et où le congé maternité après accouchement est limité à 10 semaines), nous voulons prouver que nous sommes capables de nous remettre rapidement de la maternité pour retrouver notre corps d’avant (et d’amante) et notre vie en dehors du foyer.  Allaiter notre bébé, tout en réalisant un cours de fitness.

Quand les idéaux, la performance, la pression à réussir et la solitude se mélangent aux fragilités du post partum (corps et esprit) et aux écueils des pleurs et de la fatigue, apparaissent vite le sentiment de culpabilité et celui d’être une mauvaise mère. Le silence autour de ces difficultés renforce l’isolement physique et psychique de la jeune maman. Et la dépression apparait.

D’où l’importance de sortir de ce silence et de changer de paradigme autour de la maternité. Ces difficultés ne doivent plus être la norme !

Alors, pensez-vous que nos grands-mères envient toutes nos maternités ?

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