Journal de grossesse : premier trimestre

Semaine 2

Hier soir, en rentrant je me suis arrêtée à la pharmacie pour (encore) racheter un test de grossesse. C’est le deuxième en 7 jours. La pharmacienne m’a regardé avec un sourire un peu narquois quand elle m’a vu en reprendre un. Un rien me donne envie de pleurer. J’ai mal au ventre. Je n’y crois pas trop mais j’ai quand même refait un test, une fois mon homme franchi le seuil de notre appartement. Et pendant qu’il séchait sur le rouleau de papiers WC, j’ai sauté sous la douche. Une fois habillée, j’ai passé ma tête dans l’entrebâillement de la porte des toilettes j’ai aperçu 2 barres. Une bien dessinée, et une autre encore tout frêle. Je tombe à genoux. Je ris, je pleure. Et je suis partie au travail avec la même béatitude qu’une amoureuse revenant de son premier rendez-vous, des étoiles partout dans les yeux. Nous allons avoir un bébé !

Semaine 3

Je me sens enceinte jusqu’au bout des doigts. J’affiche un sourire niais. Et l’instant d’après je ne ressens plus rien. Rien a changé, sauf que je n’ai plus le droit de fumer ni de boire un verre de vin. C’est nul. Et puis je vois un bébé dans une pub et je ressens de nouveau une bouffée de bonheur.

J’essaie de rassembler tous les côtés positifs à venir de cette expérience : je pourrai commander sans complexe un verre de jus de tomate dans un bar, je pourrai me laisser à pleurer devant tous les films romantiques sous prétexte des hormone, je n’aurai plus à rentrer mon ventre quand je serai ballonnée.

Semaine 4

On commence à regarder les maisons avec un jardin. Tout d’un coup j’ai très peur. Alors tout va changer ? Je m’engage pour la vie ? Et si je n’étais pas prête ?

C’est moche le mot grossesse. Ils auraient pas pu trouver un mot plus doux aux oreilles pour parler de cet état de fait corporel? En plus je ne peux le dire à personne. Je pensais ressentir un changement dans mon corps mais rien, pas même une nausée. J’ai envie de fumer. Suis-je la seule à douter, à angoisser ? Pourquoi aucune des future maman dans mon entourage m’ont parlé de crise existentielle pendant ce premier mois, qu’entre les larmes de joies, il y a les doutes perfides. Je me dis « au pire si je fais une fausse couche…», et l’instant d’après je me trouve monstrueuse de penser un truc comme ça. J’aimerai parler de mes peurs à mon homme, de mes angoisses de ne pas être à la hauteur, de mes doutes sur mon désir d’enfant. Pour qu’il me rassure, qu’il m’entoure avec ses bras pour exorciser mes peurs et qu’il me fasse rire. Mais je n’ose pas, parce que j’ai peur qu’il flippe à son tour, ou qu’il pense que j’ai un problème.

Semaine 5

Cela faisait 4 mois que j’avais arrêté la pilule. Mais je ne m’étais pas vraiment préparée à tomber enceinte. Non pas que je ne veille pas devenir maman. Seulement je n’ai pas réfléchi encore à la nouvelle femme que je serai en tant que maman. Je ne me sens pas prête à perdre ma vie sociale, mon corps, mes rêves d’enfant. J’ai intégré la grossesse à mon agenda. 7 SA : rendez vous avec la sage femme, 11 SA : première échographie, 15 SA le jour de mon anniversaire…

Semaine 6

Le sacrosaint du délai de 3mois. L’injonction traditionnelle de ne pas parler de grossesse avant, tant que ça ne se voit pas, que ce n’est pas encore certain. Pour ne pas parler de fausse couche après. Si cela arrivait, je devrai garder cette information pour moi, pour ne pas déranger les gens avec ces histoires là.

Pourtant si je pouvais annoncer ma grossesse à mon entourage, je pourrai peut être me sentir plus enceinte ?

Semaine 7

J’ai parcouru des articles intéressants sur le processus de maternité qui m’ont rassuré. En fait la maternité ne va pas toujours de soi. Les 9 mois de gestation sont occupés par le travail d’élaboration psychique de la maternité. Et ce travail peut être complexe, ne pas aller de soi, bien que le désir de mère soit fort. Il faut se repositionner dans son existence, dans son environnement social et familial. Il y a 3 périodes sensibles dans cette élaboration symbolique de devenir maman :

  1. Les premières semaines : confrontation du souhait de la grossesse à sa réalisation concrète (j’y suis en plein dedans !). C’est décrit comme un temps de sidération et de vacillement du sujet. Qui est d’autant plus difficile qu’il est interdit d’en parler avant 3 mois. La grossesse est subjective et son caractère abstrait la rend plutôt contraignante (je n’osais pas le dire).
  2. Ensuite vient la période de cristallisation des représentations de soi dans une image de femme-mère ou se forgent les premières représentations de l’enfant attendu. C’est un temps de restauration du soi, temps d’épanouissement narcissique et de consécration de sa maternité.
  3. Puis à la fin de la grossesse, c’est le temps de prise de conscience de l’individualisation du fœtus et de son autonomie comme corps détachable.

Semaine 8

Et voilà, on l’a fait. Passer toute une soirée avec nos amis sans qu’aucun d’eux ne se soit aperçu que je n’ai fini aucun de mes verres. On a commencé la soirée dans un pub, où heureusement on servait de la bière sans alcool. Quand on est arrivé, on nous a sauté dessus avec une pinte bien mousseuse pour chacun. Monsieur a bu la sienne puis la mienne dans laquelle je trempais mes lèvres. Puis deuxième tournée. Que Monsieur a encaissé sans rien dire. C’est moi qui suis allée au bar pour la troisième tournée. On sort dehors, tout le monde se grille une cigarette. Je m’en roule une que j’allume et que je passe à Monsieur. On parle fort, on chante à tue-tête dans les rues… Je me sentirai presque un peu grisée moi aussi. Au restaurant je m’assois en face de Monsieur dont les yeux deviennent de plus en plus vitreux. On échange nos verres discrètement. Je continue à tremper les lèvres. A la fin du repas, Monsieur a complètement oublié que je ne peux plus boire de vin, il me ressert. Au final il a été malade tout le lendemain, mais notre secret est resté encore bien au chaud au creux de mon ventre.  

Semaine 9

Depuis que je sais que je suis enceinte, je pense beaucoup à mon enfance. J’imagine ma propre mère quand elle a appris qu’elle était enceinte. Comment a-t-elle vécu ce tourbillon émotionnel ? Le week end dernier on a annoncé l’heureux évènement à mes parents. C’est avec le cœur un peu serré  que j’ai senti que je laissais derrière moi ma place d’enfant. Et malgré leur joie, je suis certaine que pour mes parents ils ont ressenti ce petit pincement de perdre leur place de parents, pour prendre celle de grands parents. Alors ma mère m’a raconté spontanément que quand elle était enceinte elle nageait dans le bonheur, que tous les matins elle caressait son ventre pour me souhaiter une bonne journée moi petit têtard qui nageait dans son utérus… Moi je n’y arrive pas à caresser mon ventre. Je dois être trop pragmatique à cause de mes études médicales. Je me refuse à trop me projeter dans l’avenir. Je sais que le risque de fausse couche reste encore très fort.

Avec Monsieur on a un peu parlé de comment on sera en tant que parents. Moi quand j’imagine brièvement à quoi pourrait ressembler les années à venir je revois mes propres parents, je me revois sur les vieux films ou sur les photos devenues un peu surannées. Evidement que mon modèle est celui de ma propre enfance. Sauf que j’imagine que Monsieur a ses propres projections bien faites et bien différentes des miennes vu qu’heureusement nous n’avons pas eu la même enfance ni les même parents…

Semaine 10

Sein +10, libido -10. Dommage pour Monsieur. Je sens mon ventre pousser sous le nombril. Jusqu’à présent j’avais la sensation que tout se passait uniquement dans ma tête. Et un matin en me réveillant je passe la main sur mon ventre et j’ai la surprise de sentir une boule sous ma paume. J’éprouve moins de sautes d’humeur. Par contre je me réveille plusieurs fois la nuit. On attend désespérément l’échographie. Je n’ose pas me projeter au-delà, par peur que l’on m’annonce que mon utérus est vide. On a annoncé quand même la nouvelle à nos amis. J’ai pu constater qu’il se passe un truc bizarre parmi les amis quand tu leur annonces que tu es enceinte : tous ceux qui ont déjà eu des enfants se pressent autour de toi pour te raconter leur accouchement. Il y a ceux qui paraissent soulagés de constater qu’ils ne seront pas les seuls parents de la bande, et il y a ceux que tu as l’impression de trahir en les abandonnant du côté des non-parents. Alors je les rassure (et me rassure), en leur promettant que l’on continuera à se voir comme avant. Que nous, on ne deviendra pas comme ces parents qui se coupent de toute vie sociale et un jour se demandent ce que sont devenus leurs amis. D’ailleurs, je n’ai jamais autant rêvé de voyages qu’en ce moment. Je me persuade que je peux lutter pour ne pas me laisser piéger dans des carcans traditionnellement rattachés à la maison en tant que mère.

Semaine 11

La sage femme est douce. On est plongé dans l’obscurité. Elle pose la sonde sur mon ventre et sur l’écran en face de nous apparait instantanément notre bébé. Il est donc là pour de vrai, en train de faire des bonds dans mon ventre. La mélodie de son cœur nous parvient et nous scotch encore plus. La preuve tangible qu’une vie grandit. Je ne peux m’empêcher de laisser couler mes larmes en silence. La sage femme s’inquiète. Mais comment lui expliquer que je suis heureuse, que jusqu’à présent je m’étais refusée à me réjouir de ma grossesse en attendant d’être certaine que… Ne voyant que les inconvénients et l’anxiété de cette nouvelle. Et brutalement, tout prend forme. 5 cm, des petits bras et petites jambes déjà formés. On rigole parce qu’il ne veut nous montrer que son derrière. On dit qu’il ou elle a déjà son petit caractère. On peut mettre une date sur la conception. On échange un clin d’œil complice. On est ressorti de cette petite pièce un peu sonné, flottant sur notre petit nuage.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :