Journal de grossesse : troisième trimestre

29 semaines

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit. Je suis consignée au canapé, confinée à résidence. Dehors c’est l’été, une chaleur torride s’est abattue sur la région. Moi aussi je le voulais ce cliché de moi en vacances, les pieds dans l’eau exhibant fièrement mon ventre rond au soleil couchant. Bien au lieu de profiter de vacances au bord de la mer, je gis sur mon canapé, à moitié à poil, face au ventilateur. J’ai bien peur que tous les  deux, le canapé et moi ne fassions bientôt plus qu’un. Maintenant je me sens plus poule en train de couver que louve en train de tutoyer le monde… J’ai saigné à plusieurs reprises, le placenta est trop bas, j’ai des contractions. Je m’astreins à repousser le spectre d’une naissance trop prématurée et à occuper mon esprit.  

31 semaines

Finalement, je suis hospitalisée. Après un nouvel épisode de saignement. C’était certain qu’ils n’allaient pas me laisser repartir. La bonne nouvelle, c’est que l’air est climatisé à l’hôpital. Mon homme fait le détour tous les soirs de son travail pour m’apporter des tomates de notre jardin, tomates que j’avais planté 3 mois plus tôt. . Je ne respire plus que l’air conditionné du service de grossesse pathologique. J’ai peur de prendre le teint blafard des murs. Je rêve comme jamais de marcher pieds nus dans le sable mouillé, de sentir l’eau entre mes doigts de pieds, une brise sur mon visage. J’essaie de me rappeler les odeurs de l’herbe qu’on vient de faucher, de la menthe que l’on froisse entre ses doigts, du tube de crème solaire. Avec Monsieur on a établi une sorte de compte à rebours, qui se modifie chaque semaine. Dans 3 jours, on attendra 32 semaines d’aménorrhée. On ne ne devrait pas faire ça, mais chacun de notre côté on parcourt les forums pour rechercher des témoignages de naissance à 31 SA, naissance à 32 SA.

32 semaines

Je ressemble à un incubateur, un incubateur dont on vient vérifier tous les jours les paramètres. Le temps n’est jamais passé aussi lentement… Je regarde de mon lit les gens dehors aller et venir. Comme je les envie ! Je laisse la fenêtre ouverte le soir, pour capter les effluves de la pollution estivale et les bruits de soirée eu loin. Heureusement, mon fils grandit bien. Tous les matins j’ai le droit à un petit monitoring. Chaque battement me rapproche un peu plus de lui. Je l’écoute grandir, et je garde en tête la musique pour le reste de la journée. Ça me donne du courage. Une furieuse détermination … à ne pas bouger. Mais il y a aussi les moments creux. Mes pensées s’emballent, je ressens des contractions, je repense au sang, je sombre l’espace de quelques instants dans un abysse d’angoisse. On me dit qu’il faut que je reste sereine, que le stress sera nocif pour mon enfant. Rester sereine en toutes circonstances quand les semaines à venir ne sont que des points d’interrogation. Je comprends qu’avoir un enfant c’est accepter de se remettre totalement aux mains du hasard. La seule chose que je peux (essayer) de gérer, c’est mon stress.

33 semaines

Youpi ! J’ai gagné un niveau, le niveau 2 ! J’ai déménagé ayant passé le risque de la grande prématurité. Nouvelle clinique nouveau service, nouveaux bruits de couloir, nouvelle routine. Petit déjeuner à 8h au lieu de 7h, repas du soir à 19h au lieu de 18h30. Un vrai dépaysement. Il vient de se passer un truc échange. Du haut de mon lit, je surfais sur un site de puériculture pour des derniers achats, quand tout d’un coup j’ai réalisé que j’allais avoir un enfant. Jusqu’à présent j’étais enceinte. Ca a pris quand même déjà 3 mois à me faire à l’idée. Actuellement c’est un état de fait. C’est même au premier plan de ma vie depuis 4 semaines. Mais je ne mentalisais pas que cet état de grossesse n’était que provisoire et que bientôt j’aurai un enfant ! Faut croire que le continuum entre grossesse et maternité n’est pas si évident que ça. Et que la nature est bien faite en donnant 9 mois à un bébé et à une maman pour se préparer à leur naissance respective à venir.

34 semaines

Pour la première fois depuis presque 4 semaines je suis dehors. J’attends ma cousine sur le parking de la clinique. Je regarde les arbres, je remarque que l’été a desserré son étau et que l’autonome approche. On me laisse rentrer chez nous. Avec l’assurance que je resterai sage une fois rentrée.

36 semaines

A 36 semaines pile, j’ai perdu les eaux. Je venais juste de finir de tricoter sa petite couverture de naissance. Je ne me suis pas affolée, au contraire j’étais heureuse et sereine. On a mis de la musique, on a bouclé la valise et on est parti à la maternité. En fermant la porte de la maison, je me suis dit que quand on reviendrait on serait 3. Tout le reste de la journée et la nuit se sont passées comme dans un rêve, dans lequel on s’est laissé porter par des personnes très bienveillantes autour de nous. Jusqu’à ce que l’on me pose notre enfant sur mon ventre.  Il a eu juste le temps de planter ses yeux dans les miens puis on l’a amené dans la petite pièce à côté. A partir de là, la musique s’est arrêtée. Les voix me parvenaient de la pièce à côté. Saturation trop basse, besoin d’un peu d’oxygène, poumons encore un peu immatures, on lui laisse une chance avant de le prendre en néonat… Monsieur était avec eux. Et moi je gisais sur la table, les pieds encore sur les étriers et les jambes inertes à cause de la péridurale. Jusqu’à ce qu’on me ramène dans ma chambre, mon cerveau est resté bloqué, incapable de réagir. Finalement il est parti en réanimation dans un autre hôpital avec monsieur. Et moi je suis restée coincée là. J’ai pu aller le voir le lendemain, dans sa couveuse, mais j’étais trop obsédée par les chiffres en rouges sur le scope pour pouvoir le toucher. C’est encore Monsieur qui a fait le lien entre nous deux.  Et puis il est revenu la nuit d’après dans ma chambre. Et c’est là que je suis devenue maman.   

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